Nantes : comment une développeuse web a séparé retainer et projets pour stabiliser son MRR
Une histoire de la rue Crébillon à la pépinière de Chantenay, de tickets Jira jamais facturés et du jour où une développeuse a compris qu'elle ne vendait pas une, mais deux choses différentes.
L'erreur de la première facture mélangée
Léa Cardona a trente-deux ans. Elle est née à Rezé, a fait l'IUT info de la Fleuriaye à Carquefou, deux ans en SSII à Saint-Herblain, puis le grand saut : micro-entrepreneuse depuis avril 2023, spécialiste Vue.js et accessibilité numérique. Son atelier de coworking se trouve au-dessus d'une torréfaction dans le bas Chantenay, à dix minutes à vélo du pont Anne-de-Bretagne. Sur la porte vitrée, une étiquette imprimée maison : « Léa Cardona — Développement web & audits RGAA ».
En janvier 2026, Léa fait un bilan qui la laisse perplexe. Chiffre d'affaires 2025 : 64 800 €. Sous le seuil de franchise en base de TVA de 91 900 € pour les prestations de services, donc pas encore de TVA à collecter, mais juste à la limite où la question va se poser. Le problème n'est pas le montant. Le problème est qu'elle ne comprend pas d'où il vient. Elle a sept clients en retainer mensuel — des contrats de maintenance et de petites évolutions — et une douzaine de projets ponctuels dans l'année. Les deux types de revenus arrivent sur le même compte, sont facturés avec le même modèle Word, et finissent dans le même tableur Excel. Elle ne sait pas quelle part vient du récurrent, quelle part vient du one-shot, quelle marge horaire elle dégage sur chaque type de mission.
La rencontre avec InvoiceFlow à la Cantine numérique
C'est à un afterwork à la Cantine numérique, place du Bouffay, qu'une autre développeuse — Sonia, qui code des plugins WordPress depuis Saint-Nazaire — lui parle d'InvoiceFlow. Sonia montre son téléphone : un Pixel 8 sur lequel elle gère trois profils d'entreprise, deux devises, et un échéancier mensuel qui se déclenche tout seul le 1er de chaque mois. Léa note le nom dans son carnet Moleskine, et le lendemain matin, dans le tram ligne 1 en direction de Commerce, elle télécharge l'application.
Le premier choc : un profil par activité, pas par client
Léa pensait créer un profil par client. Sonia l'avait prévenue : non, un profil par activité. Léa crée donc deux profils. Le premier s'appelle « Cardona Dev — Retainers ». Il regroupe ses sept contrats récurrents : la mairie d'Orvault (audit RGAA mensuel, 480 € HT), une coopérative bio de Couëron (maintenance Shopify, 320 € HT), un cabinet d'avocats du quai de Versailles (520 € HT), trois associations culturelles, et une startup de la Cité des Congrès qui lui paie 680 € HT par mois pour douze heures de support Vue.js. Le second profil s'appelle « Cardona Dev — Projets ». Tous les sites vitrines, refontes, audits ponctuels y vont.
Cette séparation paraît cosmétique. Elle ne l'est pas. Sur le tableau de bord par profil, Léa voit deux courbes distinctes. La première — Retainers — est une ligne presque plate qui monte doucement : 2 840 € en janvier, 2 840 € en février, 3 320 € en mars (un nouveau contrat signé), 3 320 € en avril. C'est son MRR, son revenu mensuel récurrent. La seconde courbe — Projets — fait des montagnes russes : 1 200 € en janvier, 6 400 € en février (gros chantier pour un caviste de la rue de Strasbourg), 800 € en mars, 4 200 € en avril. Pour la première fois depuis qu'elle est freelance, Léa peut répondre à la question : « Combien je gagne minimum ce mois-ci, même si aucun nouveau client n'appelle ? »
Les échéanciers récurrents : l'arme secrète du retainer
Le cœur du dispositif retainer, c'est l'échéancier récurrent d'InvoiceFlow. Léa configure chaque contrat une seule fois : montant, fréquence (mensuelle), jour de facturation (le 1er), conditions de paiement (30 jours), modèle d'email associé. Le 1er du mois suivant, à 8 h 00, sept factures sont générées automatiquement, prêtes à partir.
Mais Léa ne les envoie pas en mode automatique. Elle a activé le mode brouillon. Les factures attendent dans son onglet « À valider » jusqu'à ce qu'elle les ouvre, vérifie d'un coup d'œil (parfois elle ajoute une ligne « heures supplémentaires hors forfait » ou retire un mois de pause), puis valide. En moyenne, son rituel du 1er du mois prend onze minutes. Avant InvoiceFlow, c'était une matinée entière, fragmentée, anxiogène.
Pause/reprise : le congé d'août sans casse-tête
Août 2026. Léa part trois semaines en Sicile avec sa compagne. Avant InvoiceFlow, ses retainers d'août étaient un cauchemar : facturer ou pas ? Au prorata ? Et l'année suivante, devait-elle se souvenir qu'elle avait fait un avoir en septembre ? Avec la fonction pause/reprise des échéanciers, elle suspend trois contrats (ceux où les clients sont eux-mêmes en congé) du 1er au 24 août, et les quatre autres tournent normalement. Quand elle revient à Nantes le 25 août, les contrats reprennent automatiquement. Aucune facture oubliée, aucune facture en trop.
Mieux : pour la coopérative de Couëron, dont le gérant lui a demandé un mois offert en cas de bug majeur (un incident production en juillet 2025 dont Léa se sent encore responsable), elle a programmé une fin conditionnelle sur le mois d'août — l'échéancier saute uniquement ce mois-là et reprend en septembre, sans intervention.
Modèles d'email avec champs de fusion : l'art de personnaliser à l'échelle
Sept clients en retainer, ce n'est pas une mailing list. Léa veut que chaque facture parte avec un message personnel — pas une formule générique. Elle crée donc trois modèles d'email dans InvoiceFlow :
- « Retainer mensuel — institutionnel » pour la mairie, le cabinet d'avocats, les associations. Ton formel, « Madame, Monsieur », signature complète avec SIRET.
- « Retainer mensuel — startup/coop » pour les contacts plus directs. « Bonjour {{prenomContact}}, voici la facture du mois pour {{nomClient}}. Compte tenu de notre dernière conversation sur {{ligneNotePersonnalisee}}, j'ai pensé qu'un petit point la semaine prochaine ne serait pas du luxe ? »
- « Projet ponctuel — livraison » avec un message qui rappelle le périmètre livré et invite à laisser un avis sur Malt.
Les champs de fusion ({{numeroFacture}}, {{prenomContact}}, {{nomClient}}, {{montantTTC}}, {{dateEcheance}}) sont remplis automatiquement par InvoiceFlow au moment de l'envoi. Léa garde la voix humaine de ses mails sans en réécrire un seul à la main.
Marges horaires : la révélation du suivi du temps
La fonction qui a changé sa compréhension de son métier, c'est le suivi du temps intégré. Léa lance un chrono pour chaque session de travail, taggée par client et par type d'activité (dev, audit, réunion, support). À la fin du mois, elle exporte les heures par profil.
Le résultat de mars 2026 l'a sidérée. Sur ses retainers, son taux horaire effectif est de 78 € HT. Sur ses projets ponctuels, il tombe à 51 € HT. Pourquoi ? Parce qu'elle sous-estime systématiquement le temps de cadrage et d'allers-retours sur les projets ponctuels. Dans son devis-type pour un site vitrine WordPress, elle prévoit deux heures de réunion de lancement. La réalité, mesurée : 4 h 40 en moyenne. Multiplié par douze projets dans l'année, cela fait trente-deux heures non facturées, soit l'équivalent de 2 500 € de chiffre d'affaires perdu.
Léa a réagi en deux temps. D'abord, elle a revu son devis-type (lié dans InvoiceFlow à son bon de livraison puis à sa facture finale par la fonction de chaînage) pour intégrer un forfait « cadrage » non négociable. Ensuite, elle a augmenté son taux horaire affiché de 70 à 85 € HT sur les nouveaux projets, en assumant la position de spécialiste accessibilité.
La franchise en base de TVA, et après ?
Au rythme actuel — 6 200 € de moyenne mensuelle entre janvier et avril 2026 —, Léa va dépasser le seuil de 91 900 € de franchise en base de TVA pour les prestations de services en octobre. Elle devra alors collecter la TVA à 20 % sur ses factures à compter du premier jour du mois de dépassement. Pour les retainers, cela veut dire que la mairie d'Orvault paiera 576 € TTC au lieu de 480 € (la mairie peut déduire, peu importe), mais le cabinet d'avocats — qui exerce essentiellement une activité exonérée — verra son coût réel augmenter.
Léa a anticipé. Elle a paramétré un second jeu de modèles dans InvoiceFlow, prêts à activer au moment du basculement, avec les mentions « TVA sur les encaissements », son futur n° de TVA intracommunautaire, et la suppression de la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » qui figure aujourd'hui en pied de page. Le passage à la TVA, qui terrorise une grande partie des micro-entrepreneurs, sera pour elle une affaire d'une après-midi.
URSSAF : déclaration mensuelle, paiement le 30
Léa déclare son chiffre mensuellement à l'URSSAF (et non trimestriellement) parce qu'elle aime mieux lisser. Le 30 de chaque mois, elle ouvre le tableau de bord d'InvoiceFlow, filtre sur le mois précédent (toutes profils confondus), récupère son CA encaissé en deux clics, et le saisit sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Ses cotisations à 21,2 % pour les prestations BNC sont prélevées le mois suivant. Plus de surprise, plus de calcul à la main.
Multi-paiements : le client qui paie en trois fois
En février 2026, le caviste de la rue de Strasbourg a commandé une refonte complète de sa boutique en ligne pour 6 400 € HT. Trésorerie tendue, il a demandé un paiement en trois fois : 40 % à la signature, 30 % à la livraison de la maquette validée, 30 % à la mise en production. Avec l'ancien Excel de Léa, ce genre de demande était un casse-tête : trois factures à émettre, trois numéros à attribuer, trois suivis à tenir, et toujours le risque d'oublier la dernière.
Dans InvoiceFlow, elle a utilisé la fonction multi-paiements. Une seule facture, trois échéances de paiement échelonnées (15/02, 28/02, 15/03), chacune avec son statut individuel. Quand le caviste paie l'acompte, Léa enregistre le règlement sur la première ligne ; la facture passe en « partiellement payée », le solde est mis à jour, et le PDF de relance — si besoin — ne mentionne que l'échéance non honorée. Élégant, propre, professionnel.
Conditions préenregistrées et intérêts de retard
Léa a inscrit dans ses conditions préenregistrées qu'un retard de paiement entraîne des intérêts au taux légal majoré de dix points, plus l'indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement prévue à l'article L. 441-10 du Code de commerce. C'est la loi française pour toute facture B2B, et la mention est obligatoire. InvoiceFlow l'insère automatiquement en pied de facture.
En mars 2026, une association à laquelle elle facturait un retainer a payé avec quarante-trois jours de retard. Léa a hésité, puis a appliqué les intérêts (12,15 € sur 480 €) et l'indemnité de 40 €. La trésorière a appelé, surprise mais pas fâchée : « Je n'avais jamais eu de freelance qui le faisait. Mais vous avez raison. » Le mois suivant, la facture était payée à J+18.
Facturation électronique 2026-2027 : Léa est prête
La France impose progressivement la facturation électronique B2B. Calendrier : à partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront pouvoir recevoir des factures électroniques. À partir du 1er septembre 2027, les PME et micro-entreprises devront aussi émettre en format structuré (UBL, CII, ou Factur-X) via une plateforme partenaire (PDP) ou le portail public de facturation (PPF) Chorus Pro.
InvoiceFlow génère déjà des factures au format Factur-X (PDF + XML embarqué) compatible avec le standard européen EN 16931. Léa n'a rien à changer techniquement : à l'approche du 1er septembre 2027, elle activera dans ses paramètres la PDP de son choix, et ses factures partiront vers les plateformes de ses clients sans transit par sa boîte mail. Elle a déjà testé l'envoi d'une facture Factur-X à la mairie d'Orvault via Chorus Pro : reçue, validée, payée en treize jours.
Sauvegarde et export : dormir tranquille
Léa a une terreur héritée de son ancienne agence : perdre une année de factures dans un crash de disque dur. InvoiceFlow lui permet d'exporter chaque mois une sauvegarde complète (base de données + PDF) qu'elle dépose sur un disque externe chiffré et sur son cloud personnel. L'export au format comptable est compatible avec le logiciel de son expert-comptable de Saint-Sébastien-sur-Loire, qui reçoit chaque trimestre un fichier propre, importable en deux clics dans Cegid.
Le bilan, en chiffres
Après cinq mois d'utilisation d'InvoiceFlow, voici ce que Léa constate :
- MRR stabilisé à 3 320 € HT, en progression de 17 % depuis janvier grâce à deux nouveaux retainers signés (un cabinet d'architectes de l'île de Nantes et une association d'éducation populaire).
- Délai moyen de paiement : 19 jours, contre 34 jours en 2025.
- Temps administratif mensuel : 3 h 20, contre 11 h en 2025.
- Marge horaire reconnue : la projection 2026 passe de 58 à 72 € HT moyens, grâce au reciblage du temps de cadrage.
Mais le vrai changement, dit Léa en sirotant son café à la torréfaction de Chantenay, c'est ailleurs : « Avant, je travaillais pour ma comptabilité. Maintenant, elle travaille pour moi. »
Ce qu'il faut retenir si tu es développeur ou développeuse freelance
- Sépare ce qui est récurrent de ce qui est ponctuel. Pas par client, par modèle économique. Crée un profil par activité.
- Mesure ton MRR. C'est le chiffre qui te dit si tu construis un business ou si tu enchaînes des piges.
- Automatise l'émission, garde la main sur l'envoi. Le mode brouillon est ton meilleur ami.
- Mesure tes heures, pas seulement tes factures. La marge horaire est plus vraie que le chiffre d'affaires.
- Anticipe la TVA et la facturation électronique. Configure tout en amont, bascule en un clic.